Jean-Claude Juncker: "La zone euro est prête à agir avec la BCE d'ici à quelques jours"

Dans le cadre de deux interviews avec Le Figaro et la Süddeutsche Zeitung, le Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, s’est livré à une analyse de la situation actuelle en zone euro et a souligné que cette dernière "en est à un point où elle doit prouver par tous les moyens sa détermination à garantir la stabilité financière". Soulignant que "nous n’avons que l’euro en Europe", Jean-Claude Juncker a dit que "personne ne doit douter de la volonté collective des 17 pays".

Une sortie de la Grèce de la zone euro "ne fait pas partie de l’hypothèse de travail" du président de l’Eurogroupe, et ne réglerait d’ailleurs pas le problème, a-t-il insisté. "La Grèce doit sûrement améliorer son bulletin de note. Mais personne ne peut ignorer l'énormité du coût d'une exclusion pour le reste de la classe, qu'il s'agisse de l'onde de choc ou du discrédit qui suivra", a-t-il dit.

Concernant l’Espagne, le président de l’Eurogroupe a souligné que le problème a été traité, "vite et bien". Alors que la volonté serait maintenant de séparer risque d’État et risque bancaire, le gouvernement espagnol continue ses efforts de consolidation et de réforme, de sorte que la "question sera réglée".

Rappelant les propos de Mario Draghi, qui a dit que tout sera fait pour préserver l’euro, Jean-Claude Juncker a déclaré que "nous déciderons à l'examen des marchés d'ici à quelques jours. Il n'y a plus de temps à perdre". Le président de l’Eurogroupe ne doute pas que "les décisions prises au sommet de l’euro seront appliquées. Nous sommes arrivés à un point crucial. Mais il reste à préciser le rythme et la mesure. Nous agirons ensemble avec la BCE, sans toucher à son indépendance. Quand je dis "nous", il s'agit du fonds de sauvetage FESF, c'est-à-dire des dix-sept gouvernements."

Interrogé sur la personne de Wolfgang Schäuble comme nouveau président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, qui veut faire de ce poste un poste à plein temps, a dit que "le ministre allemand me semble avoir toutes les qualités requises. Il n'est pas le seul, mais il pourrait s'y atteler sans problème".

De plus, "nous avons besoin d'un vrai ministre européen des Finances, doté d'un pouvoir de veto sur les budgets nationaux", a noté Jean-Claude Juncker à ce sujet, avant de conclure à ce sujet que la question du contrôle de ce chef de l’Eurogroupe constitue un "sérieux problème de souveraineté nationale et de responsabilité démocratique".

Le président de l’Eurogroupe a aussi regretté un "sofortigen Sofortismus": "Les dirigeants sont poussés à réagir à tout, tout le temps, dans un feu d'artifice qui n'a rien à voir avec l'épaisseur des vraies questions. On ne se donne plus le temps de réfléchir." Selon Jean-Claude Juncker, "la crise donnera raison à ceux qui ont réagi dans le calme et la sérénité, pas à ceux qui ont suivi les hérésies et les bêtises du moment".

Jean-Claude Juncker s’est aussi livré à une critique des "marchés": "Je prétends que les marchés se trompent aujourd'hui, comme ils se sont toujours trompés: lourdement. Pendant dix ans, ils ont fait croire que la Grèçe se portait financièrement aussi bien que l'Allemagne!" Parlant de l’Espagne et de l’Italie, le président de l’Eurogroupe a jugé inapproprié la réaction des marchés: "Tous les pays de la zone euro sont en train de tailler dans leurs déficits et de consolider leurs finances. C'est exactement ce que les marchés voulaient il y a quelques mois, mais ils l'ont apparemment oublié!"

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