Jean-Claude Juncker, Discours à l'occasion de la réception de nouvel an de la FEDIL

Monsieur le Président,
Monsieur le Président de la Chambre,
Monsieur le Maréchal de la Cour,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mes chers Ministres,
Monsieur le Bourgmestre,
Mesdames, Messieurs,

Comme vous avez, Madame Dutordoir, choisi – enfin, on vous a imposé ce choix – de discourir de l'énergie, je voudrais tout de même, en répétant mes mots introductifs de l'année passée, demander à la régie de la salle, de me permettre de voir ceux auxquels je m'adresse et de vous sortir de l'ombre de cette salle, parce que je ne sais pas prononcer un discours si je ne voix pas les visages qui, rayonnant de plus en plus, m'accompagnent dans les développements qui, en règle générale, ne vous plaisent guère.

Je suis tenté par l'envie, Madame, de prolonger les pistes que vous avez indiquées en matière de politique énergétique en Europe, grande absente en fait, et des politiques et des traités, et je peux d'ores et déjà vous rassurer que le nouveau traité ne comportera pas une seule ligne sur les politiques de l'énergie, puisqu'il est destiné à renforcer la discipline budgétaire en Europe, et donc n'est pas destiné à élargir les domaines de compétences de l'Union européenne.

Donc, envie, oui, je l'ai, pour parler de l'énergie, mais nécessité il y a de faire un discours bref et sans nuances – mais là vous y êtes habitués déjà – parce que je verrai le Premier ministre belge, le nouveau Premier ministre belge à 19.30 heures, et je ne voudrais pas lui imposer un retard que je ne saurai lui expliquer que par le fait que j'ai dû, et pu, et voulu écouter une représentante imminente du monde économique belge. Parce qu'en fait le retard que j'aurais pris serait dû à un discours ultrasurdéveloppé que j'aurais fait ici.

D'ailleurs, si j'avais fait l'économie de ces remarques introductives, j'aurais déjà pu commencer à vous expliquer que sur un bon nombre de choses la FEDIL – que j'aime bien, puisque je reviens année après année vous écouter et m'entendre dire que vous me souhaitez santé pour l'année à venir, alors que ces souhaits sont des souhaits raccourcis, il ne suffit pas d'avoir de la santé, il faut aussi avoir du bonheur. Voyez-vous, les passagers sur le Titanic, ils étaient tous en bonne santé. Ils n'avaient pas de chance. Et donc, mieux vaut combiner santé et bonheur, sinon on n'arrive pas à bon port.

Vous avez regretté, mon cher Robert, dans votre propos introductif une gouvernance défaillante de la zone euro. Vous avez mentionné, en ayant recours à un terme que je n'ai guère apprécié, que la classe politique – moi, je ne crois plus à la lutte des classes, c'est un autre siècle, je ne dis pas que vous appartenez à la classe industrielle, nous sommes tous des citoyens, et donc nous ne relevons pas de classes distinctes – vous avez dit que les populations d'Europe auraient perdu confiance en ce que vous appeliez la classe politique, voulant sans doute désigner par là les gouvernants.

Il est vrai que les citoyens ont perdu confiance, oui, dans la majeure partie de l'action politique. Et surtout dans celle qui les concerne directement. Mais je n'ai pas pu observer en 2011 que les citoyens auraient repris confiance dans le monde, qui est fait des errements et des dérapages, du monde financier, parfois du monde industriel et donc nous sommes en fait logés à la même adresse.

Or, il faut bien dire les choses comme elles sont.

Oui, l'Europe était lente dans la confection de ses réactions à la crise économico-financière. Mais oui, l'Europe était aussi très rapide. Moi, je participe aux travaux de l'Union européenne bientôt 30 ans, et jamais je n'ai vu en Europe se développer une telle célérité d'action et une telle réactivité quant au contenu des nouvelles politiques qui sont développées.

Vous avez observé, comme moi, que nous avons mis en place des remparts contre la contagion de la crise économique et financière.

Nous avons d'ailleurs localisé à Luxembourg l'ESFS et nous aurons bientôt, en anticipant son entrée en vigueur, le Mécanisme européen de stabilité qui se veut être un mécanisme permanent.

Nous sommes en train de confectionner un nouveau traité, hors énergie, et donc le monde politique avance, non pas à pas de sénateur, mais, à comparer ce que nous avons fait sur les deux dernières années, à un rythme autrement plus mouvementé et plus audacieux que tel ne fut le cas au cours des décennies écoulées.

Mais il est vrai que pour, rapides qu'elles étaient, les réactions étaient néanmoins tardives. Et cela est notamment dû à un certain nombre d'hésitations, qui se sont fait jour dans certains pays voisins. Je ne parle pas du Royaume de Belgique, ni d'une république qui emploie la même langue que la Belgique emploie en partie.

D'ailleurs, Monsieur Di Rupo sera ravi ce soir de pouvoir s'exprimer en français, et de ne pas voir les linguistes néerlandais le rendre attentif à tout dérapage verbal qui pourrait être le sien. Je le dis à vous, Madame, qui êtes licenciée en philologie romane, ce qui, pour une industrielle, est tout de même un parcours qui devrait vous étonner. Moi, qui croyais toujours que le droit menait à tout, je constate que la philologie romane peut aussi mener partout.

Nous avons su, avant la crise – puisque le président Dennewald a dit que les gouvernements n'arrivaient pas à imposer aux gouvernements fautifs peu vertueux la nécessaire discipline budgétaire – nous étions tout de même arrivés depuis l'avènement de la monnaie unique jusqu'en 2007, donc avant la crise, de réduire en moyenne sur la zone euro, le déficit budgétaire à 0,6%. Ce qui est tout de même une performance, à voir les niveaux de déficits annuels que nous accumulions au cours des années 1990, à vrai dire remarquables.

Mais ces déficits ont augmenté depuis, tout comme les niveaux d'endettement [inaudible]. Je prends l'exemple de la Belgique. La Belgique avait un taux d'endettement, de 133,4% en 1992. La Belgique a vu son niveau d'endettement se corriger vers le bas pour atteindre 88,5% en 2007. Et la Belgique est repartie vers les 90% et atteindra probablement l'année prochaine 100%, dû au fait que les gouvernements et que les budgets publics ont dû réagir à l'affaissement et à l'affaiblissement de la demande privée, en remplaçant la faiblesse de celle-ci par une demande publique revigorée.

Si les gouvernements n'avaient pas réagi comme ils l'ont fait en 2008 et 2009, et surtout en 2009, l'Europe se trouverait encore à ce jour en récession. Qui d'ailleurs fut profonde en Europe, et surtout dans les pays largement portés vers l'exportation, comme l'Allemagne et comme le Luxembourg.

Ce qui fait d'ailleurs qu’aujourd’hui seulement nous commençons à ré-avoir la prospérité économique qui fut la nôtre en 2007. Nous avons perdu 4 années de croissance. On ne peut pas le souligner à suffisance, alors que d'autres feignent ne pas voir que le pays sur ce point s'est appauvri au cours des années écoulées.

On me dit, la crise de l'euro – certains, comme Monsieur Dennewald, précisant à juste titre qu'il s'agit en fait d'une crise de la dette dans certains pays membres de la zone euro – et on oublie les succès de l'euro. L'euro, depuis son avènement, a vu sur son territoire la création de 16 millions d'emplois nets, d'emplois nouveaux. Nous avons vu les taux d'intérêt se réduire à des niveaux historiquement bas. Les taux d’inflation, sur une échelle de comparaison historique, ne furent jamais aussi peu élevés, puisque les 12 premières années de l'existence de la monnaie unique, le taux d'inflation moyen était de 1,97%, donc meilleure performance que la performance historique des 10 dernières années de l'existence du Deutsche Mark.

Et donc, je suis parmi ceux qui – tout en mesurant le caractère grave de la crise que nous traversons, et nous ne sommes pas arrivés au bout du tunnel, en dépit du fait que la situation soit grave, même ultragrave – remettent en cause un certain nombre d'acquis de toute sorte.

Moi, je ne suis pas trop inquiété par les notations que les agences de rating ont fait circuler ces jours-ci. Pour deux raisons. D'abord, c'est des opinions parmi d'autres. On croit toujours qu'il y a seulement trois agences de notation. En fait, il y en a 150 à travers le monde, mais il y 3 agences qu'on écoute, qu'on lit, qu'on observe et qu'on fait semblant de vouloir suivre dans tous les méandres de leurs constats, parfois irrationnellement formulés.

Et deux, mettre un pays comme le Luxembourg, qui devrait en fait se féliciter d'avoir su garder son Triple A – mais ça n'intéresse personne au Luxembourg. Si on perdait une petite lettre, quel brouhaha serait celui constatable dans cette salle et dans l'opinion publique. Mais comme on reste parmi les meilleurs, il y a 13 pays au monde qui ont un Triple A, dont le Luxembourg, en dépit d'une compétitivité, semble-t-il, exécrable, tout de même on a le Triple A. Mais je voulais dire que je ne crois pas les agences de notation dans ce sens.

Mais le fait qu'un pays comme le Luxembourg, qui a un taux d'endettement de 19% par rapport à son PIB, et un niveau de déficit annuel en 2011 de 0,5%, soit placé sous observation négative est une connerie exemplaire. J'avais aujourd'hui les Premier ministres italien et grec au téléphone. Je leur ai dit: "Écoutez, vous avez lu tout ça?" Oui, oui, oui, félicitations et tout ça. Et puis je dis: "Ne faites pas comme nous. Ne réduisez surtout pas votre niveau d'endettement à 19%, ne me présentez pas à l'Eurogroupe un budget qui connaîtrait un déficit de 0,5%. Continuez avec vos 100% et avec vos déficits de 10%, parce que si vous arrivez à 19% et à 0,5%, vous êtes sous observation négative."

Donc, la pédagogie employée par les agences de notation me semble connaître un certain nombre de lacunes.

Et donc, il ne faut pas trop s'inquiéter de ces observations superficielles, qui très souvent nous sont présentées. Bien qu'il fallait dire que dans les observations d'ensemble, faites par les agences de notation, il y a des éléments à ne pas ne pas voir. C'est vrai aussi pour le Grand-Duché, qui connaît, à le comparer à ses voisins directs et même à ses voisins plus éloignés, une situation en fait enviable. Mais cette situation enviable ne devrait pas nous mener à des constats qui feraient que nous penserions que nous n'aurions pas besoin d'entamer dans ce pays, comme dans tous les autres, des réformes à vrai dire structurelles sur plusieurs plans.

Cela m'amène directement à la question de l'indexation.

Chaque année, en début de janvier, on me fait tout un cirque ici lorsqu'il s'agit d'évoquer l'indexation. Et j'ai toujours dit, parce que j'aime la cohérence et la conséquence de mes propos, que je n'y toucherais pas. Alors, cette année-ci je viens ici, j'y ai touché, on me répète le même discours. C'est tout de même impressionnant comme inconséquence à comparer aux conséquences de mes propos, que j'ai prolongés par une inconséquence puisque je n'ai pas respecté en décembre ce que je vous avais promis pour l'éternité.

En fait, les négociations tripartites ont échoué pour les raisons que vous savez. Je ne dirais pas que les absents ont toujours tort, mais ils connaissent quelques difficultés pour avoir raison lorsqu’ils ne sont pas là, où on peut avoir tort. Et donc, j'aurais préféré que le rassemblement soit plus intégral et que nous aurions eu les syndicats autour de la table, ce qui ne fut pas le cas.

Donc, le gouvernement a décidé seul. On dit toujours que le gouvernement doit gouverner. On dit toujours, voilà, le pays ne peut pas être dirigé par les syndicats ; le gouvernement est là pour gouverner, pour décider. Voilà que nous gouvernons, voilà que nous décidons, voilà la première fois depuis 30 ans exactement que le gouvernement, hors accords tripartites, se met à moduler l'indexation des salaires. C'est la première fois depuis 30 ans. Et lorsque le gouvernement le fit pour la dernière fois, il l'a fait une seule fois en avril 1982, la réaction syndicale fut une grève générale.

Il est tout de même remarquable de voir que les mémoires ne portent plus sur le court terme. Pour moi, c'est le très court terme, parce que c'est l'année au cours de laquelle je suis entré au gouvernement, donc j'ai un souvenir vif des tensions sociales qui accompagnaient l'avènement de ce jeune farfelu qui s'apprêtait à devenir membre du gouvernement.

Donc, pour la première fois depuis 30 ans le gouvernement décide, in splendid isolation, de la marche à suivre.

Vous me dites, cela ne suffit pas. Je vous dis, lorsque vous me dites à chaque fois que ça ne suffit pas, ça commence à suffire. Déjà en 2011, agissant hors tripartite, mais en bipartite avec les syndicats, le gouvernement avait décidé de recaler la tranche indiciaire en 2011 d'avril en octobre. Cela vous a rapporté 170 millions d'euro.

L'effort que nous demandons aux résidents de ce pays et aux frontaliers, d'ailleurs, qui sont nombreux, dont beaucoup de Belges, l'effort que nous demandons aux salariés porte exactement sur 450 millions sur les deux années à venir, sur 2012 et 2013. Si j'additionne l'effort demandé aux salariés en 2012 et 2013 à l'effort d'ores et déjà consenti sans leur consentement en 2011, nous atteignons un chiffre de 640 millions. Ça fait 1,6 % du PIB.

L'économie que l'économie privée réalise par le fait que la modulation de l'indexation ait lieu en 2012, en reportant la tranche indiciaire de mars en octobre, cet effort demandé aux salariés de ce pays, et qui se chiffre à 275 millions, correspond exactement à une réduction de l'impôt sur les collectivités, dont impôt sur les bénéfices des sociétés de 2,46%.

Alors, me dire, ça ne suffit pas, moi je veux bien. Mais expliquez à ceux qui travaillent, vous travaillez aussi, dans ce pays, que renoncer, parce que telle est la volonté politique du gouvernement, parce que nous voulons améliorer sur très court terme la compétitivité de nos entreprises, et donc de sa partie industrielle, est autre chose que de dire ça ne suffit pas.

Ça suffit.

Et donc, nous allons poursuivre ce débat entre nous, mais ne pensez pas que je serai celui qui abolira l'indexation des salaires. Je crois que la paix sociale est à ce prix. La paix sociale est un bien précieux et il faut adopter à son égard un comportement des plus tendres lorsqu'on veut sauver la paix sociale, qui fait partie des explications aux succès économiques, qui sont les nôtres et qui doivent rester les nôtres.

En plus avons-nous prévu d'enlever du panier de consommation, comme on dit un peu vulgairement, les produits alcool et tabac. C'est lourdement contesté par le monde syndical, tout comme la mesure que je viens de vous expliquer l'est également. Nous avons prévu, à partir d'un certain niveau de prix que peuvent atteindre les prix pétroliers, de ne plus soumettre cette partie, qui dépasserait le plafond maximal acceptable, à l'indexation. C'est des négociations que nous allons engager sur les mois à venir, sans que je me fasse trop d'illusions sur ces différents points.

Nous avons décidé de lutter plus efficacement contre l'inflation, en imposant à nous-mêmes et aux collectivités locales une discipline plus articulée en matière de fixation des prix administrés. Ce sera fait. Cela conduira à des résultats qui peuvent être pernicieux pour un certain nombre de secteurs de l'économie, tout comme cet appel redondant que j'entends, qui consiste à dire, voilà, l'État doit mieux contrôler ses frais de fonctionnement.

Évidemment, conjoncturellement nous ne sommes pas neutres. Si le gouvernement achète moins de feuilles de papier, il y a quelqu'un qui en vend moins. Si les réceptions pour le Nouvel An du gouvernement, ce que j'ai fait cette année, voient leur coût se rétrécir, cela a des conséquences pour les traiteurs.

Donc, à chaque fois qu'on diminue les frais de fonctionnement, il y a des secteurs de l'économie nationale qui, évidemment, en pâtissent. Mais ce sera fait.

Ce sera d'ailleurs un des grands devoirs du nouveau ministre de l'Économie, Monsieur Schneider, qui, semble-t-il est un habitué de la maison. Je ne savais pas que la FEDIL pourrait fêter son entrée au gouvernement. C'était pas mon intention en fait de le faire comme ça. Mais si vous le voyez comme ça mieux, mieux c'est.

Mais d'ailleurs, Monsieur Krecké lui a balisé le chemin sur ce point de départ, évidemment, que je regrette en tant que Premier ministre et en tant qu’ami de Jeannot.

Nous accompagnons ces mesures de réduction du coût du travail via cette modulation de l'index par des mesures d'accompagnement sociales, qui ne trouvent guère commentateur, au point que je commence à considérer que sur ce point le gouvernement a fait exactement ce qu'il fallait faire, c'est-à-dire accorder plus de moyens de subsistance à ceux qui, en termes de revenu, sont parmi les plus mal lotis dans notre société.

En plus abolissons-nous l'impôt de crise. Lorsqu'il fut introduit, tout le monde tapait dessus pour dire, c'est inacceptable qu'on introduise un impôt anti crise. Nous l'abolissons, nous l'avons aboli pour le 1er janvier.

Voilà des sources divergentes qui me disent, mauvaise idée que d'abolir cet impôt anti crise. Je crois même que la Chambre de commerce a opiné dans ce sens. Enfin, mieux aurait valu féliciter le gouvernement lorsque nous l'avons introduit, au lieu de critiquer le gouvernement lorsque nous l'abolissons. Mais enfin, on ne choisit jamais les moments de ses bonnes inspirations.

Et donc, je continue à croire que l'ensemble des mesures que nous avons prises se caractérise par un mix qui devrait pouvoir paraître acceptable aux yeux de tous ceux qui sont capables d'une observation objective de ce qui se passe.

Moi, je voudrais vous dire, comme vous parlez des régimes de pension et des réformes y apportées, qu’évidemment, sur le long terme, cette réforme que nous projetons ne saurait être qu’une première réponse. Tout dépendra de l'évolution de notre contexte économique, tout dépendra sur les quelques années à venir, sur le court terme en fait, des performances économiques dont sont capables les économies voisines. Les prévisions de croissance mondiales sont médiocres. La Banque mondiale aujourd'hui va publier, ou a déjà publié sa dernière prévision: 2,5%. Alors qu'il y a 6 mois, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international pensaient que nous arriverions à 3,6%.

Les économies, leur croissance des pays émergents connaîtra une correction vers le bas. Et les économies voisines connaîtront une croissance très médiocre. Probablement, sans vouloir importuner qui que ce soit, 0% en Belgique, contrairement aux prévisions un peu plus optimistes qui sont celles de celui que je verrai dans 10 minutes. En Allemagne, ce sera 0,7% et la France ne sait pas vers où elle va. Mais elle en aura bientôt, j'espère, la bonne réponse.

J'admets que le monde industriel et le monde économique nous disent, voilà, cette réforme ne va pas suffisamment loin, bien qu'il y ait un allongement de la durée du travail sur toute une vie. Durée de travail, où déjà nous sommes plus performants que nos voisins, parce que nous travaillons plus que la Belgique, nous travaillons plus que l'Allemagne, nous travaillons plus que la France.

La durée de travail est plus élevée au Luxembourg, ce qui d'ailleurs fait oublier parfois que, lorsque nous comparons coût horaire du travail à coût horaire du travail, nous avons un coût du travail moins élevé que la Belgique, que la France et que l'Allemagne. L'Allemagne, qui évidemment se drape dans des discours d'auto-félicitations vertueux, en se déclarant le leader de la raison économique, alors que personne ne le sait, mais moi je le dis à chaque fois à la télé allemande et à d'autres occasions, que ce sera pour bientôt que sur les 16 pays de la zone euro, si j'enlève comme membre l'Allemagne, sur les 16 pays, 7 pays ont moins de dette publique que l'Allemagne. Sur les 27 pays, si j'enlève l'Allemagne, sur les 26 pays de l'Union européenne 17 pays auront moins de dette publique que l'Allemagne. Par conséquent, il faudra qu'un certain nombre de discours commencent à se réajuster, lorsqu'on veut expliquer aux autres qu'il faut suivre la voie allemande.

Donc, la réalité est autrement plus nuancée et d'ailleurs encore plus nuançable que cela.

Bref, les prévisions de croissance ne sont pas bonnes, et évidemment la croissance grand-ducale s'en ressentira. Et donc, tout cela, si ce phénomène devait se prolonger, ne saurait être sans conséquence sur le développement et l'évolution de nos systèmes de retraite. Et d'ailleurs, dans le projet que le gouvernement va adopter après-demain il y a des éléments de correction qui peuvent entrer en fonction, si une telle situation devait se présenter.

Je veux dire ici que, qui dit réforme des systèmes de pension, et qui à juste titre attire l'attention sur ce terrible problème européen que constitue le vieillissement de la population, et la non-réponse que nous avons à l'affaissement démographique de l'Europe, doit également prendre conscience du fait qu'il y a une nécessité urgente de faire en sorte que ceux qui ont moins de 60 ans puissent rester en activité tant qu'ils le peuvent.

Je constate que le Luxembourg a un taux d'emploi des personnes situées dans les classes d'âge entre 50 et 64 de 45%. Alors moi, je veux bien qu'on plaide pour l'allongement de la durée de la vie active, mais il faut d'abord faire en sorte que ceux qui sont encore loin des sphères du 4e et 5e âge puissent rester en activité.

C'est quel luxe, quelle arrogance en fait, que celle d'un pays qui renonce volontairement aux énergies, aux talents, au savoir-faire de ceux qui ont 50 ou 52 ans.

Donc, j'encourage la FEDIL, tout comme les autres organisations patronales, à tout faire en termes de maintien à l'emploi des catégories légèrement plus âgées que les plus jeunes d'entre nous pour que nous puissions mieux financer nos systèmes de sécurité sociale, pour que le taux d'emploi connaisse l'augmentation qu'il faudra que nous lui apportions.

J'encourage le monde industriel de prendre à bras le corps l'engagement qui fut celui de la FEDIL et des autres organisations patronales lors de nos pourparlers en octobre 2010, de donner du tonus supplémentaire aux politiques de formation continue, qui doivent surtout servir ceux qui, approchant l'âge des 50 ans, doivent rester disponibles pour le marché de l'emploi.

J'encourage le monde industriel d'engager des pourparlers avec les syndicats et le gouvernement sur des plans seniors, en améliorant les conditions de travail pour ceux qui sont plus âgés, en aménageant les horaires de travail pour ceux qui approchent de la soixantaine, pour que nous puissions donner à ce pays une véritable politique, non pas de l'âge, mais une politique d'emploi qui doit concerner en premier lieu ceux qui sont encore capables de travailler.

Dans cette veine et dans cette mouvance, je voudrais rééditer mon appel pour que nous ressuscitions le dialogue social. J'ai vu avec plaisir et satisfaction que la FEDIL plaide pour la reprise du dialogue social, et je voudrais que les syndicats, qui ne disent pas le contraire, fassent de même. Je suis convaincu que, dans un pays de l'exiguïté du nôtre, et de la taille réduite du nôtre ; et pour un pays à démographie finalement réduite, à le comparer à nos voisins directs, le dialogue social, la bonne entente sociale est d'une importance capitale. Et le fait que nous nous soyons réfugiés, les uns et les autres, comme chiens de faïence dans un comportement d'un absolu mutisme ne correspond pas aux traditions les plus saines et les plus vertueuses de ce pays.

Et par conséquent, ceux qui sont responsables, non seulement de leur entreprise et non seulement de leurs membres, de leurs syndicats, doivent se rendre à l'évidence que ce dialogue social doit reprendre. Et je félicite le Conseil économique et social d'avoir montré le chemin que dorénavant nous devons tous emprunter.

Dialogue social veut dire dialogue social au niveau de l'entreprise, mais dialogue social veut également dire engager des réformes structurelles en matière de dialogue social. Pour rendre mon point de vue plus clair, je ne voudrais pas – je suis d'accord sur ce point avec le ministre du Travail, et le ministre du Travail avec moi, ou nous deux ensembles – on ne va pas changer, en matière de cogestion, les seuils d'effectifs à partir desquels d'autres instruments de cogestion doivent prendre place. Et nous voudrions, le ministre du Travail, monsieur Schmit et moi-même – lui avec mon concours, avec mon appui – améliorer les possibilités que doivent avoir les délégués dans les entreprises pour mieux pouvoir répondre aux besoins qui peuvent être constatés dans les différentes entreprises.

On va renforcer la protection contre les licenciements des délégués syndicaux, mais tout cela se fera dans une atmosphère de concert et de dialogue, et évidemment par la suite avec votre accord.

Sauf sur 2 points.

Je ne vais pas changer la législation sur le salaire social minimum. Il ne faut pas croire que, en acceptant une précarité poussée, nous instaurerions dans ce pays un climat social qui me permettrait de cohabiter, de vivre ensemble, comme nous avons l'habitude de le faire. Moi, je m'inscris en faux contre un attentat sur le droit du travail. La précarité n'est pas une bonne solution.

J'ai annoncé, ensemble avec mes collègues au gouvernement, que nous allons apporter des changements à la définition du contrat à durée déterminée pour les segments les plus élevés de la grille des salaires, mais je suis strictement opposé à faire du contrat à durée déterminée le contrat typique du droit du travail luxembourgeois. Au contraire, je pense que le contrat à durée indéterminée doit rester le contrat classique, typique du droit du travail luxembourgeois.

Merci.

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